« IL FAUT QUE LES GENS COMPRENNENT QUE LES ALBINOS NE SONT PAS DES PERSONNES EXTRAORDINAIRES, CE SONT DES PERSONNES COMME TOUTES LES AUTRES», GOUMOU IVES N’GNANGA
Le mois de juin a marqué une étape importante dans la carrière de Goumou Ives, scénariste réalisateur diplômé de l'Institut Supérieur des Arts Mory Kanté de Dubréka., il a présenté un film sur l'albinisme au Festival du film pour un avenir meilleur, où son œuvre intitulée « Fassou l’innocent » a été primée. Malgré les difficultés et les obstacles rencontrés dans la réalisation de ce film, il a su relever le défi en réalisant cette œuvre sensible. Dans cette interview réalisée par la rédaction de Cinemedias224, il raconte les défis et les obstacles qu’il a su surmonter.
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Ivesto du monde: moi je suis Ives N’gnanga Goumou communément appelé Ivesto du monde, je suis scénariste réalisateur, je suis de la 3è promotion de l’Institut Supérieur des Arts Mory Kanté de Dubréka.
CineMedias224: Parlez-nous de votre filmographie ?
Ivesto du monde: En fait, j’ai plusieurs œuvres sous ma main. Mon tout premier film, c’est « Fassou l’innocent ». Ça, c’était quand j’étais encore étudiant. J’ai fait un autre film qui est « La vie d’un étudiant peintre à Dubréka ». J’ai fait un film sur les baffons « Bientôt une terre sèche». J’ai fait un film sur l’immigration clandestine, qu’on appelle « Un océan impitoyable ». J’ai aussi fait un autre documentaire qu’on appelle « Un bas-fond à l’agonie ». En global, c’est ça, mais j’ai été aussi assistant à plusieurs œuvres, comme la série « Alima ». Et j’ai aussi réalisé une autre série qu’on appelle « HOULEY », dont j’ai eu la chance de signer un contrat avec la chaîne CANAL+.
CineMedias224: Votre film intitulé « Fasso L’innocent » a été primé au Festival du Film pour un Avenir Meilleur. Quels sont vos sentiments ?
Ivesto du monde: Le festival du film pour un avenir meilleur, c’est à l’initiative de l’ambassade des Etats-Unis. Au fait, le but du festival, c’est de lutter contre un groupe de personnes marginalisées. Ils ont fait un appel à formation des réalisateurs, donc on a postulé et ma candidature a été retenue. Du coup, on a reçu une formation avec un Américain du nom de Riche. Il est venu pour une formation sous forme d’atelier d’une semaine, au bout de la formation, il était question que, pour une manière de nous stimuler, que chaque réalisateur qui serait capable de sortir un film aurait une récompense, et qu’au bout de la formation il y a un festival. C’est ça qui nous a motivé, et surtout moi à choisir un thème sur l’albinisme. Il y a beaucoup d’autres thèmes, d’autres ont été traités sur plusieurs thèmes, parce que quand on parle de marginalisation, ça touche à plusieurs couches.
CineMedias224: D’où est venue l’idée de faire un film sur les personnes marginalisées?
Ivesto du monde: Moi, j’ai misé un peu sur l’albinisme, parce que c’est un fléau que les gens n’ont pas encore compris ici, chez nous en Afrique. Quand le film a vu jour, disons, en février déjà, parce qu’on a reçu la formation avec l’Américain au mois de février une formation de cinq jours. Après les cinq jours, ils nous ont accordé cinq mois pour pouvoir faire le film, parce que le festival était prévu au mois de juin. Donc, quasiment, on a eu cinq mois pour pouvoir faire le film.
CineMedias224: Quand le film est apparu ?
Ivesto du monde: En un mot, le film a vu jour au mois de juin, au même mois, il a été primé au Festival du Film pour un Avenir Meilleur.
CineMedias224:
Ivesto du monde: Bon, la gestion de la production n’a pas été facile parce qu’au début, c’était une formation ouverte où ils ont fait appel à plusieurs jeunes. Donc, l’ambassade a été claire sur des choses, beaucoup de jeunes n’ont pas pu réaliser un film parce que l’ambassade a dit carrément qu’ils n’avaient pas un sou pour pouvoir nous épauler. Elle, son assistance, c’était juste nous apporter des matériels techniques. Donc, si toutefois, tu as une histoire à raconter, on mettait une caméra et une table de montage à ta disposition, que c’est tout ce qu’ils pouvaient entreprendre. Le reste est à notre charge de se débrouiller pour pouvoir faire un film. Donc, cela a dissuadé pas mal de personnes. Mais moi, j’ai cru au projet, j’ai cru au festival. Je suis parti, j’ai fait de l’emprunt parce que je vous jure que ça n’a pas été facile. J’ai des amis qui ont joué à la carte de compréhension. Je leur ai dit écoutez, il n’y a rien pour le moment. Peut-être que si nous réussissons à faire ce film. On ne sait pas ce qui nous attend au bout. Mais néanmoins, je ne me suis pas empêché d’assurer au moins le minimum. Parce que quand tu as des gens sur la main, forcément, il faut faire quelque chose, parce que c’est des pères de famille. Surtout que le film n’a pas été réalisé à Conakry. Le film a été réalisé loin de Conakry, puisque c’est une histoire de village. Donc, le film a été réalisé à environ 50 kilomètres de la capitale. Donc, prendre des pères de famille, aller sur ce site, forcément, cela répond à certains besoins financiers. Donc, il faut faire ces dépenses. Et malgré que le film n’a pas bénéficié d’un accompagnement financier, mais il appartient au réalisateur, de mettre la main à la poche. C’est ça que j’ai fait. Je suis parti voir des parents, des amis. Et c’est le lieu de remercier mon ami Aliou, qui vit en France. C’est à lui que je dois la réalisation de ce film. Parce que quand je lui ai expliqué, il a été la première personne à mettre les moyens à ma disposition. Et c’est ça qui m’a aidé. Quand je lui ai expliqué l’histoire, elle m’a dit, tiens, je peux t’apporter ça. Et franchement, ça m’a poussé à aller presque à 75% des travaux. Le reste est venu des parents, des amis. Et c’est comme ça que ça a été réalisé.
CineMedias224: Quel a été l’apport de l’ambassade dans la réalisation de ce projet ?
Ivesto du monde: Au fait, l’ambassade a été claire dès le départ. Elle dit qu’on n’a pas d’enveloppe financière à vous donner. On veut voir d’où vous pouvez aller avec rien. Mais pour ce faire, on ne peut pas vous laisser sans rien apporter. Donc ce que nous pouvons faire, il y a une caméra digne de ce nom qui est là. Il y a une table de montage. Ce sont les deux choses que nous pouvons mettre à votre disposition. Parce que je pense que pour raconter une histoire, on a besoin de ces trucs. Donc c’est déjà ça, c’est avec votre volonté. Il vous appartient de faire le reste. Mais pour le moment, ne vous attendez pas à un financement et à une autorisation de tournage. Nous, tout ce que nous pouvons, c’est de vous apporter un moyen technique. C’est-à-dire la caméra et une table de montage. C’est tout ce que nous pouvons apporter.
CineMedias224: Quelle a été son attente dans cette collaboration ?
Ivesto du monde: L’attente avec l’ambassade, c’était de voir comment les jeunes cinéastes, malgré même le non accompagnement, comment ils peuvent s’en sortir pour pouvoir réaliser des œuvres. Surtout ça, surtout, parce que quand on dit que vraiment, on fait des films ici sans apport financier, un moment, je pensais qu’ils avaient besoin de cette preuve. C’est pourquoi ils ont dit, bon, pour nous, tout ce que nous pouvons mettre devant les yeux de quelqu’un qui a la volonté, s’il a déjà une caméra avec lui, et un micro, plus une table de montage, si la personne a vu faire quelque chose, forcément, il ferait quelque chose. Donc c’était une manière de voir jusqu’où on pouvait aller. C’était une manière de nous mettre à l’épreuve ici. Et ils ont été clairs là-dessus.
CineMedias224: Pourquoi le titre « Fassou L’innocent » et le choix d’une personne atteinte d’albinisme ?
Ivesto du monde: Fassou l’innocent, déjà, comme je l’ai dit, je n’avais pas à chercher loin avec une personne marginalisée parce que ça a été mon combat depuis que j’étais à l’université. Maintenant, le titre Fassou l’innocent, je ne voulais pas aller ailleurs. Fassou, c’est le nom de mon personnage principal. Et l’innocent, je dis que cette personne est innocente de tout ce qui lui arrive parce que ce n’est pas de son vouloir d’être dans ce contexte. Donc, il est innocent de tout ce qu’il traverse, comme fait, comme mal, des trucs comme ça. Il est innocent dans tout cela. Il n’en est pour rien. À cause d’une simple mélanine, les gens le classent déjà dans une autre catégorie et les gens sont prêts même à aller le donner comme sacrifice. Donc, c’est pourquoi j’ai fait le choix. Fassou, il est innocent dans tout ce que nous lui faisons. Voilà, je n’avais pas à chercher loin puisque, comme je l’ai dit, des personnes marginalisées, il y en a beaucoup qui ont fait des films sur le handicapé, Donc, moi, j’ai voulu un peu me singulariser. Bien sûr qu’il y a des films qui existent dans ce cadre. Donc, je me suis dit d’aller un peu sur l’albinisme. Et comme je l’ai dit, je n’avais pas à chercher loin. J’avais déjà eu à réaliser un film pendant que j’étais encore étudiant, que j’ai tiré dans les tiroirs puisque plusieurs personnes m’ont conseillé de refaire ce film. Donc, ça a été une occasion pour moi de refaire Fassou un peu sur un autre angle ici. C’est pourquoi je suis resté fidèle à mon choix de l’albinisme.
CineMedias224: Quelles sont les difficultés rencontrées pendant la réalisation de ce film ?

Ivesto du monde: les difficultés que j’ai eu à rencontrer sur ce projet sont un peu multiples, mais il faut avoir un mental fort pour tenir tout, c’est ça un réalisateur. Par exemple, non seulement je n’avais pas d’argent pour nourrir les acteurs tous, il y a eu un de mes acteurs qui a accidenté ma voiture pendant le tournage. Pendant que j’étais en tournage, parce que j’étais, comme je disais que le film a été réalisé loin de Conakry. Arrivé un certain temps, il y a eu un accident qui nous a échappé et je remercie Dieu parce qu’une partie de ma voiture a été endommagée, mais cela ne m’a pas arrêté là. Les acteurs et moi étions sur le terrain, j’ai laissé un acteur pour pouvoir faire face à ça avec un mécanicien. Imaginez quand on dit qu’il y a eu un accident, vous pouvez penser à mille choses, mais ça a été géré. Je suis parti, j’ai vu qu’on a géré le mal, mais ce jour-là, il était entre 10 heures et 11 heures disons. Et j’avais le reste de la journée à gérer. L’accident ne m’a pas impacté. J’ai dit non, il y a eu l’accident, quel que soit le problème ça ne doit pas freiner le travail. J’ai essayé de me ressaisir. On a fait le reste du boulot avec ça. Un autre accident s’est produit, il y a une de mes actrices, parce qu’il y avait des scènes de forêt où on kidnappe le petit. Il y a une de mes actrices, c’était un coin qui n’était pas bien pour des enfants, parce que c’était un coin hanté. Il y avait des esprits là-bas. Et une de nos actrices, pendant qu’on tournait, elle a eu un malaise, elle a piqué une crise.
CineMedias224: Ce film a eu combien de prix ?
Ivesto du monde: Pour le moment, c’est un film naissant et ça a été primé pour le moment à ce festival des Américains, Le « film Pour un avenir meilleur ». Je l’ai postulé à d’autres festivals mais, je n’ai pas encore reçu de réponse. Donc, je suis en attente pour le moment. On ne peut pas trop tôt se prononcer là-dessus parce que c’est un film qui est naissant.
CineMedias224: Quel est le message que vous voulez faire passer dans cette œuvre ?
Ivesto du monde: Le message que moi je voulais évoquer pour dire que non, Il faut que les gens comprennent que ceci, ce n’est pas des personnes extraordinaires, ce sont des personnes comme tout autre, mais ils sont juste atteints d’une autre maladie qui est l’augmentation du taux de mélanine, qui a fait que juste notre peau, il y a une petite différence légère, sinon, il n’y a rien d’autre de particularité. Donc, c’est un message très simple, faire comprendre aux gens à travers des images, le regard que les gens ont sur eux, c’est un regard qui est différent. Alors, c’est ça que j’étais en train d’expliquer juste à travers le film, que ce n’est pas des sorciers, ce n’est pas des personnes extraterrestres, ce sont des personnes comme nous, c’est juste une petite maladie qui a été atteinte et puis c’est ça.
CineMedias224: En résumé, que faut-il retenir dans cette histoire ?
Ivesto du monde: En gros, ce que je veux dire, malgré que nous, les réalisateurs, nous sommes sans soutenance sans soutien, nous ne devons pas croiser les bras. Nous pouvons faire des grandes œuvres avec rien et nous ne devons pas laisser des occasions.
CineMedias224: Merci Monsieur Ivesto du monde
Interview réalisée par Lamarana Djebou Sow