LE CINÉMA GUINÉEN FACE UN DÉFI DE L’UNITÉ

Confronté à un problème de structuration et à un manque de soutien financier, le cinéma guinéen traverse également une crise interne : l’absence de collaboration et d’uniformisation constituent aussi un frein à son épanouissement. L’Office national du cinéma, de la vidéo et de la photographie de Guinée (ONACIG) pense toutefois pouvoir y remédier.

‹‹ l’Office National du Cinéma, de la Vidéo et de la Photographie de Guinée (ONACIG) a écrit une nouvelle page de son histoire… Une journée de portes ouvertes mémorable, marquant un tournant décisif dans l’unification et l’industrialisation du cinéma guinéen. Acteurs du secteur cinématographique et vidéographique, jeunes talents et figures emblématiques, tous se sont réunis dans une ambiance de dialogue, d’écoute et de collaboration. ››, s’était félicitée l’Office National du Cinéma, de la Vidéo et de la Photographie de Guinée (ONACIG), à travers une publication sur ses plateformes digitales, notamment Facebook il y a environ une semaine. 

Même s’il est évident que le secteur rencontre plusieurs entraves à son développement. L’éparpillement des acteurs sans réelle collaboration demeure pesant. Une situation que l’Office national du cinéma,  souhaite éliminer au sein de la corporation. 

Le Directeur général de l’ONACIG a été interrogé par notre rédaction sur l’état de l’unité des cinéastes aujourd’hui. Amara Traoré, récemment nommé à la tête du septième art guinéen, estime que : « L’unité n’est pas encore totale, mais elle est en marche. » 

Amara Traoré, Directeur général de l’ONACIG

Le patron de l’ONACIG s’est montré optimiste dans sa réponse. Il mise surtout sur des actions concrètes pour raffermir les liens : « Je crois fermement que le respect, la transparence et une bonne écoute mutuelle sont des leviers puissants pour mobiliser… formations, structuration, accompagnement à la production, meilleure régulation du secteur… », a-t-il affirmé.

Mais quelles réactions sur l’élan ?

C’est un cinéma également marqué par un problème de structuration. On constate la naissance de plusieurs associations ou groupements de cinéastes, chacun revendiquant la représentativité du secteur. Entre des antagonistes qui ont longtemps tenu en haleine le milieu, et les vagues des nouvelles associations, la vision du secteur reste incohérente. Personne n’accepte de se faire dicter, et l’initiative de l’ONACIG s’annonce donc compliquée. 

« Il a fait en sorte que les comédiens se réunissent. Il a permis que le conflit qui existait entre eux disparaisse », a félicité le comédien Kent, à l’endroit du Directeur général de l’ONACIG. 

Par contre, la même appréciation est loin d’être partagée par d’autres. Absente à cette rencontre, La Fédération nationale des cinéastes de Guinée (FENACIG), qui réunit en son sein toutes les corporations du cinéma en Guinée, a pour objectif de fédérer toutes les structures du secteur. Elle semble être en avance sur cette dynamique. En tout cas, c’est ce que nous fait savoir son vice-président. 

‹‹ Je commencerai par rappeler que la FENACIG n’est pas une association. Nous sommes une fédération existantes depuis 2013 et composée de plusieurs associations, entreprises et professionnels indépendants. Comme vous savez, le secteur du cinéma relève des professions libérales, cela veut dire que ce sont les acteurs eux-mêmes qui doivent s’organiser. Ce n’est ni le travail de l’ONACIG. C’est pour cette raison que la FENACIG a été créée. Il y a une fédération qui existe bel et bien et le Directeur de l’ONACIG M. Amara TRAORÉ le sait bien. ››, Papus Cissé. 

Mouloukou Souleymane Cissé, vice-président de la FENACIG

‹‹ FENACIG n’a pas assisté parce que, pour la simple raison qu’elle n’a pas reçu d’invitation. Et comment voulez-vous que la FENACIG participe à une réunion aussi importante, s’agissant de la vie des cinéastes sans invitation, FENACIG en tant que fédération nationale des cinéaste ne pouvait pas se permettre de participer à une réunion où elle n’a pas été invitée officiellement. C’est aussi simple que cela. Donc nous n’avons pas été associée à cette démarche que nous jugeons inopportune et contre productive.›› poursuit le membre du bureau exécutif de la fédération des cinéastes.

‹‹ Chaque structure doit exister.››

C’est ce que pense la journaliste, critique de cinéma Fatou Sagnane. Pour elle, tout le monde ne peut pas avoir les mêmes intérêts. Le mieux, c’est d’aider  les cinéastes à disposer d’un budget de fonctionnement pour faciliter la production et gagner en compétitivité dans le secteur. Sur la question, la critique cinéma opte clairement pour le libéralisme. 

« Chacun est dans son domaine. Si vous voulez que tout le monde soit ensemble, ça ne se fera jamais. Même dans les pays les plus développés en matière de cinéma, il y a tellement de structures, tellement d’entreprises cinématographiques. Chaque structure a son pesant d’or. Chaque structure qui parle au nom du cinéma guinéen, qui pose des actes probants pour le développement du cinéma guinéen, mérite d’exister. » 

Fatou Sagnane Condé, journaliste critique de cinéma.

La situation que traverse le cinéma guinéen reflète un manque de structuration institutionnelle et montre des limites sur tous les fronts, à savoir : manque d’institutions solides, lutte de leadership, accès inégal aux financements, égo et absence de collaboration, manque de formation continue … Face à ce défi qui semble insurmontable, l’ONACIG tente de jouer un rôle de fédérateur.

Arabiou Barry

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